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Un bureau de poste à bord du Français en janvier 1904

Serge Kahn


Extrait d'un article paru dans le bulletin n°126 de l'Union Française de Philatélie Polaire - SATA avec l'autorisation de l'auteur.
Dans quelques mois, nous commémorerons le centenaire de la première expédition française avec hivernage en Antarctique, la mission Charcot à bord du « Français » 1903-1905.
Mais avant d’aller dans le Sud, Charcot avait un autre projet pour cette année 1903.
Comme on peut le lire dans un article de La Vie Illustrée du 6 février 1903, Charcot y affirme : « L’expédition que je prépare est une expédition purement scientifique dans les mers arctiques. Sept savants qui ont bien voulu se joindre à moi, seront embarqués sur un solide bateau que je fais construire. Munis de nombreux instruments scientifiques et d’un bon laboratoire, ils chercheront à recueillir pour la science le plus de documents possibles. Nous pénétrerons dans les glaces pour y poursuivre nos travaux et après un long tour entre l’Islande et le Spitsberg, nous chercherons à gagner les régions Nord-Ouest de la Nouvelle-Zemble encore mal connues… Le bateau que je fais construire s’appellera « Pourquoi-Pas ? ». Ce sont les deux mots que j’écrivais étant tout enfant au bas d’extraordinaires, d’irréalisables projets de navire destinés à découvrir le Pôle Nord qui ornaient mes livres de classe et m’attiraient de terribles pensums. »

Pour des raisons aujourd’hui bien connues :
? Retard dans la construction du bateau aux chantiers « Gautier » de Saint-Malo compromettant ainsi une campagne fructueuse dans le secteur de la Nouvelle-Zemble en mer de Barents durant le court été boréal 1903.
? Souhait de Jean-Baptiste Charcot d’associer la France aux diverses missions de secours devant partir à la recherche de l’expédition suédoise dirigée par Otto Nordenskjöld en mer de Weddell et dont le monde scientifique est sans nouvelles.
? Face aux résultats importants transmis par plusieurs nations déjà présentes en Antarctique, Charcot est maintenant convaincu que : « Dans le Sud, nous sommes sûrs de réussir, de très bien réussir car il y a eu très peu d’explorations et il suffit pour ainsi dire d’y aller pour trouver du nouveau et faire une grande et belle œuvre. »

Charcot modifie radicalement ses projets pour aller dans le Sud et change le nom de son bateau pour le baptiser « Français », porteur ainsi d’un fort message patriotique.
L’expédition quitte la France à la fin du mois d’août 1903 et fait escale à La Corogne, Funchal, île Saint-Vincent, Pernambouc, Buenos Aires et l’île des Etats pour arriver à Ushuaia en Terre de Feu dans la nuit du 11 au 12 janvier 1904.
Dans cette ville australe mythique, les courriers à envoyer et à recevoir prennent une importance capitale avant 14 mois de silence dans l’inconnu, la solitude et le froid de la côte Ouest de la péninsule antarctique.
Une quantité importante de courrier est à bord du « Français » pour être expédié d’Ushuaia et notamment les cartes postales de la souscription éditées par la maison Raphaël Tuck & Fils à Paris. En ce début du 20e siècle, la maison anglaise Raphaël Tuck & Sons a été la première et la plus importante firme à produire de belles séries de cartes postales ; elle avait des bureaux à New York et à Paris.
Cette souscription hors commerce comprend les 6 cartes ci-dessous :
1. Lancement du « Français » - Le discours du préfet à bord (Fig. 1)
2. Le lancement du « Français » à St-Malo (Fig. 2)
3. Le « Français » à l’ancre après le lancement (Fig. 3)
4. Le « Français » dans le port de St-Malo après le lancement (Fig. 4)
5. Le docteur J.-B. Charcot, Commandant de l’Expédition Antarctique Française (Fig. 5)
6. Les Membres de l’Etat-Major du « Français » (Fig. 6)

Lancement du Français discours du préfet Lancement du Français à St Malo Le Français à l'ancre après le lancement
Le Français dans le port de St Malo Le docteur J-B Charcot Les membres de l'état-major du Français


Le responsable du bureau de poste d’Ushuaia est complètement affolé lorsqu’il apprend qu’il devra oblitérer toute cette correspondance et préfère confier son timbre à date aux responsables de l’expédition de sorte que le bureau de poste se trouve transféré à bord du « Français ».
Toutes les cartes de la souscription seront oblitérées à la date du 13 janvier 1904. Même si le chiffre 1 du quantième n’est pas toujours très lisible, il s’agit bien du 13 et non du 3 comme on le voit quelquefois dans certains textes.
Chaque carte de la souscription ayant voyagé à bord du « Français » jusqu’à Ushuaia reçoit un mot manuscrit et la signature de Charcot, en remerciement au souscripteur, avant de lui être envoyé par voie postale.
Les timbres disponibles à Ushuaia étant peu nombreux, une partie de cette correspondance recevra le timbre à date d’Ushuaia du 13 janvier 1904 mais sera affranchie et oblitérée à Buenos Aires (Fig. 7)

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Buenos Aires 14 février 1904 Oblitération d'Ushuaïa 13 janvier 1904


Fig. 7 - Affranchissement et oblitération à Buenos Aires du 14 février 1904 plus cachet d’arrivée à Baccarat

Sur la carte de la souscription représentant les membres de l’Etat-Major (Fig. 6), il s’agit de ceux au moment du départ. On peut donc y voir l’explorateur belge Adrien de Gerlache et les naturalistes Bonnier et Pérez qui, tous les trois, quitteront l’expédition à l’escale de Pernambouc. Deux naturalistes remplaçant rejoindront l’expédition à Buenos Aires ; il s’agit de Gourdon, chargé de la géologie et de la glaciologie, et de Turquet, chargé de la zoologie et de la botanique.
A côté des cartes de la souscription, de loin les plus nombreuses, d’autres documents postaux recevront l’oblitération du 13 janvier 1904 à bord du « Français » (Fig. 8).

Fig. 8 - Carte postale réalisée en Argentine et signée des 6 membres de l’état-major du « Français » avec la griffe rouge « Expédition Antarctique LE FRANÇAIS » et l’oblitération d’Ushuaia du 13 janvier 1904

Pour en savoir plus sur ce voyage.
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